Chapitre III
Georg et Gustav arrivent finalement après deux heures. Ils sont aussi un peu interrogés, puis on rentre tous ensemble dans un hôtel pas loin de l'hôpital. Je suis resté silencieux pendant tout ce temps. On s'assoit tous dans la chambre réservée à Tom et moi. Il y a deux lits deux places. Je me suis douché vite fait en arrivant et me voici déjà sous les draps à réfléchir pendant que les trois autres sont étendus sur le lit de Tom. Je le vois bien, qu'ils me jettent des regards inquiets de temps à autres. Mais comme ils me connaissent aussi, ils savant que je ne suis pas encore prêt à en parler. Et d'ailleurs, pourquoi cet idiot de Tom ne m'a rien dit ? Il aurait pût me faire part de ses craintes ! On ne serait jamais sortis ! C'est vrai que moi, je m'en sors indemne, mais il y a bien une personne blessée dans la chambre « 508 B » de l'hôpital « Sylvie Schaeffer » ! Je n'ose même pas imaginer mon état si elle aurait succombé à ses blessures ... A force de réflexions, je m'endors, d'un sommeil troublé de cauchemars.
Des rayons de soleil filtrent à travers les rideaux et je me réveille doucement. Les autres membres du groupe dorment encore. A côté de moi, Tom est étendu tandis que Gustav et Georg sont sur le lit d'à côté. Ils ont dût être actif jusqu'à tard vu le nombre de pizzas amassées sur le sol.
Il faut que je la revoie ! Que je lui dise merci. Je m'habille rapidement et marche vers l'hôpital en ayant bien pris soin de mettre une casquette et des lunettes de soleil, comme pare -fanes. Arrivé à destination, je demande à la réceptionniste le droit de visite, qui m'est accordé sans peine, la jeune fille n'ayant apparemment aucune famille qui s'est présentée. Je n'entre pas dans la même chambre que la fois précédente. Celle-ci est beaucoup plus petite, et contient moins d'appareils. Elle est toujours allongée et ses yeux sont clos. Je m'assois à son chevet et me surprends à, encore une fois, admirer ses traits si parfaits. Je chuchote des « merci » en espérant que malgré son « sommeil », elle m'entend. Soudain, elle se redresse d'un coup, tourne son visage en face du mien et ouvre les yeux. Elle plonge son regard dans le mien. Je ne peux plus bouger tant ses yeux m'hypnotisent. Ils sont bleus dégradé partant du clair autours de l'iris au foncé. Leur forme est en amande, avec de longs cils naturellement recourbés. Je ne fais toujours aucun mouvement, et elle me sourit en dévoilant une dentition parfaitement alignée et d'une blancheur extrême. Elle veut se lever, mais les fils accrochés à son bras l'en empêchent. Elle les regarde pendant un court instant, puis tire dessus en enlevant d'abord les sparadraps. Je lui crie de tout remettre mais elle n'a pas l'air de se comprendre que ce qu'elle fait est grave. Ne me laissant pas le choix, je cours appeler une infirmière qui s'empresse de venir et constate les dégâts :
« Mademoiselle ! Mademoiselle ! Veuillez vous calmer et attendre que le médecin arrive pour remettre tout ça ! »
Elle regarde l'infirmière d'un air interrogateur. Je m'approche du lit et lui attrape les mains pour l'empêcher de se faire plus de mal. Elle ne se débat pas mais n'a pas l'air de comprendre ce que je fais :
« Arrête ! C'est pour ton bien ! Tu te fais du mal là ! »
Elle me lance un regard d'incompréhension, puis me dit quelque chose dont je ne comprends pas le sens. Elle ne parle donc pas la même langue que moi ? Je me retourne vers l'infirmière :
« Je pense qu'elle est étrangère. Elle a dit quelque chose que je n'ai absolument pas compris.
_Ah je vois... »
Je continue à tenir ses mains pour ne pas qu'elle aggrave plus son cas. Le docteur arrive quelques instants plus tard avec une seringue qui doit contenir un calmant. L'infirmière lui explique qu'elle n'oppose pas de résistance mais qu'elle ne comprend pas l'allemand. On me demande de sortir un moment.
A peur près vingt minutes plus tard, le docteur dort de la chambre et vient m'accoster :
« Bonjour monsieur Kaulitz. Connaissez-vous cette personne ?
_Non. Elle m'a sauvé la vie mais je ne l'avais jamais vu jusqu'à hier.
_Elle parle une langue qui m'est totalement inconnue. Elle avait l'air de regarder la porte en criant quelque chose après que vous soyez parti. Je pense qu'elle a en quelque sorte confiance en vous. Voudriez-vous vous entretenir un peu avec elle pour essayer d'en apprendre d'avantage sur elle ?
_Oui bien sûr, je peux toujours essayer. »
Je retourne dans la chambre. Ma sauveuse dont je n'ai toujours pas le nom est assise sur son lit, dos à moi. En m'entendant arriver, elle se retourne brusquement et à l'air de me reconnaître puisqu'elle esquisse un sourire. Je prends une chaise et la mets à côté du lit, puis je m'assois :
« Comment tu t'appelles ? » Je lui demande en articulant bien.
Malheureusement en vain, puisqu'elle hausse les épaules pour me faire comprendre son incompréhension. Je vais essayer l'anglais au cas où :
« What's your name ? »
Rien à faire, elle ne comprends toujours rien... Alors j'opte pour le langage des signes et en me désignant de la main je dis :
« Bill »
Et je la pointe à son tour de la main en faisant une expression interrogative. Je répète ce petit scénario deux fois, quand elle m'annonce de sa voix claire et douce :
« Ange »
Ange ? Ca ressemble au mot anglais « angel ». Ce serait son nom ? Je lui souris et répète Ange, ce qui à l'air de lui faire plaisir vu qu'elle me rend ce sourire. Finalement, je m'en sors pas si mal que ça...
On reste au moins une heure ensemble. Je lui montre des objets et lui dit le mot en allemand qu'elle répète avec un léger accent qui me fait rire. Elle a une mémoire exceptionnelle et retiens sur le coup tous les mots que je lui dis ! Je lui fais comprendre de me les dire dans sa langue. C'est confirmé, je ne l'ai jamais entendu. Elle a une sonorité spéciale, fluide, avec des sons étranges. C'est vraiment magnifique ! Mon portable sonne et interrompt notre petite séance de vocabulaire :
« Allo ?
_Bill ! Qu'est ce que tu fous ? T'es où ? »
C'est Tom. C'est vrai que je suis parti ce matin comme un voleur. Sans rien dire à personne et sans laisser un quelconque message :
« Je suis à l'hôpital. Je voulais remercier la fille d'hier. »
Petit moment de silence, puis il reprend d'une voix hésitante :
« Ah, d'accord, je vois... Mais tu sais que dans tente minutes on a une réunion en studio, alors grouilles-toi de revenir ! »
A contrec½ur, j'annonce mon départ à Ange. Elle a l'air triste mais semble comprendre. Je lui fais un signe de main en passant la porte qu'elle imite immédiatement en répétant le « Tschüss » qui va avec.